Tribune de Nicholas Child, vice-président régional France chez M-Files, le Les métiers du droit ne sont pas les plus enclins à adopter les nouvelles technologies. En 2022, 55 % des cabinets d’avocats avouaient que leur manque de compétences numériques freinait leur utilisation des logiciels juridiques, contre 40 % en 2020. Et il ne s’agit que de logiciels métier, alors, comment l’intelligence artificielle (IA) pourrait-elle s’imposer dans ce contexte ?
Sans compter qu’en juin 2023, l’avocat new-yorkais Steven Schwartz, spécialisé dans les dommages corporels, a fait la une des journaux pour avoir utilisé ChatGPT pour la rédaction d’un dossier judiciaire. En recherchant les affaires, les décisions et les citations contenues dans le dossier, il s’est avéré qu’elles n’existaient pas, mais qu’elles avaient été inventées par ChatGPT. D’où la nécessité de savoir manier les nouvelles technologies et de savoir à quel point les résultats sont fiables.
En aucun cas, l’IA n’a vocation à remplacer l’expertise des professions juridiques, mais elle peut être bien utile pour automatiser les tâches manuelles, sujettes aux erreurs, et n’utilisant pas les compétences premières des collaborateurs. De nombreux professionnels du droit, notamment les avocats, les greffiers, les assistants juridiques, et d’autres, s’intéressent à l’IA.
La haute rémunération des avocats tient à leur expertise spécifique, à leur capacité à établir les faits et à argumenter, en s’appuyant sur des articles de loi et des affaires similaires jugées par le passé. Mais bien souvent, alors que 100 % de leur temps devrait être consacré à la résolution de problèmes juridiques, une bonne partie de leurs journées est dédiée à de l’administratif : enregistrer, stocker et organiser manuellement les données.
Automatisation des tâches, de la création de documents et des workflows
Les logiciels d’automatisation des documents s’inspirent des documents existants pour générer des modèles, qui seront faciles à compléter ensuite de façon automatique, pour gagner du temps. Ces modèles automatisés peuvent inclure des fonctions et des logiques complexes que l’on retrouve souvent dans la gestion de l’information. Les logiciels d’automatisation des documents sont également utiles pour des tâches de gestion documentaire courantes comme le contrôle des versions et la personnalisation.
L’automatisation des workflows permet de structurer le partage des tâches, d’envoyer les documents à la bonne personne, au bon moment, pour éviter tout oubli ou toute erreur.
L’IA générative et les grands modèles de langage (LLM)
Ayant explosé récemment, l’IA générative permet de poser des questions en langage naturel, d’analyser les données et d’obtenir des résumés dans toutes les langues. L’IA facilite la détection de tendances dans de gros ensembles de données structurées et non structurées. De plus, les collaborateurs peuvent générer du nouveau contenu sur la base d’échantillons et de prompts.
Les grands modèles de langage (LLM) peuvent passer au peigne fin les documents juridiques pour rechercher des précédents. Ils peuvent également analyser ces précédents pour en extraire des concepts juridiques clés et aider à générer des arguments.
La création automatique de documents, l’orchestration des workflows, l’analyse de données fiables ou la recherche alimentée par l’IA permettent aux professions juridiques d’aller plus vite, plus loin, plus en profondeur, dans les résolutions de problèmes.
En éliminant les tâches répétitives et non épanouissantes, l’automatisation remet les connaissances et les compétences au cœur des métiers juridiques. L’automatisation permet de réduire le temps nécessaire à la recherche d’informations, au suivi ou à l’obtention de validations. Alors que les cabinets sont surchargés et peinent à recruter, le recours à l’automatisation et à l’intelligence artificielle permet de gagner un temps précieux et d’accélérer les procédures.
