Les Echos

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La version hybride actuelle du cloud computing devrait, à terme, laisser sa place à une forme plus monolithique.

J’ai grandi à l’époque du vinyle. Contrairement aux nostalgiques, je me rappelle très bien l’effet d’un disque rayé. Le retour en grâce qu’il connaît aujourd’hui est purement sentimental, lié à l’attachement que nous ressentons pour l’objet. Mais franchement, si je suis attaché à l’objet lui-même, son aspect, son odeur, il n’en reste pas moins que ce son éraillé ne me manque pas. Même si le vinyle revient un peu, nous sommes à des années-lumière des volumes disponibles aujourd’hui en format numérique. Qui voudrait revenir en arrière ? Le vinyle est un choix irrationnel.

Le fait est que la technologie n’est pas sentimentale. Le Compact Disc a balayé le vinyle d’un revers de main parce qu’il pouvait stocker plus de musique, il était plus robuste et le son était toujours très bon. Le téléchargement est allé plus loin, mais pas pour des raisons de qualité d’écoute, par pure commodité, notamment pour les iPod. Nous arrivons au summum du confort et des coûts réduits selon la loi de Moore, avec la généralisation du silicium ; on s’affranchit de l’objet, du support et de l’album. On peut se contenter d’écouter une seule chanson.

En sera-t-il de même du cloud ? Je pense en effet qu’il y a un lien. Mon tout premier job était chez le fabricant de puces pour signal mixte a nalog devices. Un signal mixte combine analogique et numérique ; l’analogique étant le monde matériel et le numérique relevant de l’ordinateur. La commercialisation de ces puces revenait à promouvoir la conversion du monde matériel en un monde numérique plus facile à manipuler, plus robuste et généralement moins cher.

J’ai commencé là-bas dans une division chargée de fabriquer un convertisseur analogique-numérique ésotérique qui traduisait le mouvement des transducteurs que l’on trouve dans les avions, les chars, les aciéries et les missiles en systèmes de contrôle numériques conçus pour prendre les bonnes décisions. Il y avait deux méthodes de fabrication : l’ »hybride » et le « monolithique ». À cette époque, en 1987, l’hybride s’imposait. Il s’agissait d’un composant auquel il fallait ajouter deux types de silicium pour le faire fonctionner.

Hybride signifie littéralement « différents éléments ». À l’opposé, monolithique signifie « une seule pièce ». La différence se faisait sur le coût de fabrication, largement moins onéreux pour le monolithique. Il ne nécessitait pas l’intervention d’un chirurgien pour placer des composants sur des substrats en céramique avec des interconnexions en or. Il relevait d’un process automatisé de semi-conducteurs. Et vous savez aujourd’hui quel mode de fabrication l’a emporté.

Regardons ce qui se passe pour le cloud computing. Les clouds hybrides sont bien plus en vogue parce qu’ils comblent des besoins non assouvis par un cloud passant par l’internet public. Alors, nous combinons le cloud public avec des architectures de cloud privé, pour ajouter la flexibilité et l’élasticité à la sécurité et au contrôle.

Comme par le passé, avec les semi-conducteurs analogiques-numériques, le cloud hybride n’est qu’une transition, pas une solution finale. Aujourd’hui, nos ordinateurs sont connectés par différents modes de communication, et nous n’avons tout simplement pas enclenché le processus permettant d’atteindre le stade monolithique. Mais ça va venir.

Le cloud computing connaît actuellement trois composants : le processeur (CPU), la mémoire (RAM), et l’espace disque. Ils sont alimentés par Internet ou par un réseau fixe. Tout comme les semi-conducteurs ont fait évoluer leur architecture et leur conception pour devenir « monolithiques », il en sera de même pour le Cloud computing, mais au sens large à travers le monde.

L’évolution du cloud de son stade d’ordinateurs reliés à Internet va voir le triple play d’aujourd’hui devenir un « quad play » avec le réseau comme quatrième élément, intégré et automatisé à la fois pour le cloud privé et le cloud public – redonnant au réseau son nom d’origine : communication inter processus (un coup de chapeau aux visionnaires qu’ont été le père d’ethernet, Robert Metcalfe, et le professeur John Day, pionnier de la prochaine révolution d’Internet).

Le cloud n’est pas une technologie, mais une façon dynamique d’optimiser la consommation des ressources disponibles – de la même manière que nous sommes passés du vinyle au CD et au téléchargement. Le challenge est de restaurer la vision originale des pères fondateurs de la technologie de base qui sous-tend le numérique et avec lui, l’économie mondiale. Arriver à une plateforme de calcul mondiale et monolithique pour laquelle le réseau est l’ordinateur n’est pas une vision ou un choix. Cela résulte simplement d’un monde ainsi régi depuis 50 ans, selon un modèle fidèle et prévisible qui se reproduit inexorablement.

Matthew Finnie / Group CTO et EVP of Cloud Services chez Interoute

 

Publié par LesEchos.fr